Gérard Lenorman

 

Dans la torpeur de l'été, au beau milieu des Alpes où j'ai pris une partie de mes quartiers d'été, j'allume la télé en début d'après-midi, à l'heure où l'idée même de sortir affronter une rando vous donne instantanément un coup de soleil. Et là, je tombe sur Laurent Luyat dans son inénarrable émission concernant le tour de France. Cette émission est une charmante kermesse, composée d'invités bigarrés. J'ai d'ailleurs cru apercevoir les frères Bogdanoff cet été... Et à une période où on veut se relaxer, croiser les Bogdanoff et leurs mentons en plein mois d'août, ça fout les jetons... Bref, le charmantissime Laurent Luyat interview Lenorman qui, au détour d'une question, arrive à placer qu'il est le premier à avoir imposer en France le concept de titres égaux sur un 45 tours, c'est à dire aucune face A, pas plus de face B.

D'un côté, l'idée est bonne et j'aurai beaucoup de mal à critiquer le concept, puisque moi-même je tente de donner une quelconque notoriété à ces faces oubliées. De l'autre, force est de constater que le principe n'a pas vraiment pris... à part pour lui. Encore une précision, si je ne me trompe pas, ce concept s'accompagnait du fait qu'on ouvrait la pochette par le dessus. Si vous regardez le scanner de mon 45 tours, vous voyez clairement que le disque dépasse sur la droite... C'est vous dire qu'il n'est pas tout neuf.

Au delà des deux chansons dont nous allons parler, il faut se pencher un instant sur la magnifique pochette que nous offre notre Gégé. Il est considéré comme une sorte de romantique échevelé dans les années 70, à l'opposé des bruns ténébreux et burnés comme Ringo (que je cite fréquemment décidément, je me demande pourquoi) ou les minets épilés exotiques tels que Shake (très brun) ou Patrick Juvet (très blond). Toujours est-il qu'ici, en matière de romantisme, il ne s'est vraiment pas loupé. C'est plus Lenorman, c'est le petit berger des alpages, Robert Miras qui chante "Jésus est né en Provence" !  L'air innocent tout droit sorti d'un pensionnat, Gérard Lenorman arbore une charmantissime casquette gonflable, cachant ses longs cheveux bouclés devenus rouqmouts au soleil (comme lui), Il ne manque plus qu'un troupeau de moutons et Charles Ingalls qui coupe du bois.

La face A, ou B, ou les deux est donc "Quelque chose et moi", ballade classieuse à mi-chemin entre Bob Dylan pour la musique et Angelo Branduardi pour l'interprétation. Ca donne envie de fredonner ou de faire du cheval, tellement cette orchestration rappelle quelques western-spaghettis des années 70. Les paroles, métaphysiques, évoquent des arraignées de légende et l'ubiquité. Ca parlerait pas un peu de substances illicites par hasard, tout ça?

Et puis, nous avons la face B. Je me souviens, étant petit, avoir vu Lenorman chez Patrick Sébastien interpréter "Soldats, ne tirez pas" en la jouant. Il se faisait tuer à la fin, ça m'avait beaucoup impressionné à l'époque. Il faut dire que cette chanson est particulièrement belle. L'orchestration est anachronique, réussie et les paroles se retiennent facilement, ce qui est tout à fait bizarre car le texte est loin d'être simpliste.
Je pense que Lenorman ne s'est pas trompé. Il a bien inventé le 45 tours parfait.

 

 

Fiche technique:

Gérard Lenorman

Quelque chose et moi / Soldats ne tirez pas

CBS

1974

Paroles et musique:

Quelque chose et moi (P. Delanoë - C. Morgan)

Soldats ne tirez pas (M. Vidalin - G. Matteoni)

 

Et la chanson: Prestation télé où Gérard Lenorman apparaît affublé d'un foulard qui tire entre le torchon de vaisselle et le cache-sexe. Il a également une veste à carreau très seventies. Toujours le regard touchant et halluciné du gars qui vit ce qu'il chante, notre Gérard chante sur bande-orchestre certes, mais chante en direct.