Mort Shuman

Beaucoup ont commencé leurs cultures musicales avec des artistes très connus, des golds comme on dit dans les radios. Faites le sondage autour de vous: un certain nombre vous dira que ça a commencé avec Gainsbourg, Brassens ou les Beatles; ma génération vous parlera de Goldman, de Michael Jackson ou encore d'Alain Souchon. Moi, j'ai commencé avec Thierry Hazard (comme je l'ai déjà avoué il y a quelques temps) et une collection de cassettes et de 33 tours usés jusqu'à la corde à force d'avoir été écoutés, cela m'a certainement donné très tôt en matière de culture musicale le goût des petits chemins abandonnés et non des autoroutes hyper-fréquentées.

Dans ce lot de disques, il y avait une compilation de Mort Shuman. C'était une collection de chez Philips intitulée "Réimpression". Elle fut publiée en 1977, à l'occasion des 100 ans du microsillon. Tous ces disques reproduisaient un petit historique du disque vinyl et évidemment, les plus grands succès du chanteur-maison, concerné par le disque. Il y avait Nana Mouskouri, Johnny Hallyday, Mireille Mathieu mais aussi des comiques comme Raymond Devos. Dans le 33 tours que j'avais, et que j'ai toujours, les deux titres du 45 tours dont je vous parle aujourd'hui étaient présents.

Le lac majeur est certainement sa chanson la plus connue, et peut-être la plus déprimante. Rien de tel en cette période de Toussaint pour se mettre dans l'ambiance: une grande étendue d'eau, un paysage déprimant, des oiseaux sous tranxen... Bref, c'est festif.
Néanmoins, quelle poésie ! Etienne Roda-Gil est aux commandes avec l'interprète et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on y est vraiment, devant le lac majeur. La musique y joue aussi: lancinante, implorante, presque folklorique, Le lac majeur est plus vrai et plus beau que nature. Une ambiance aussi morne qu'inquiétante avec des enfants qui crient de bonheur et qui répandent la terreur met forcément des frissons et nous emporte bien loin du quotidien.
Ce lac italien y est donc décrit d'une manière effroyablement triste mais on a envie d'y être. Ca rappelle une autre chanson de Mort Shuman: Brooklyn by the sea, aussi présente sur ce fameux album. Il y pleut, il fait gris, c'est calme, c'est beau mais la tempête couve, on le sent. C'est ça, le réalisme de Roda-Gil dont Claude François disait en gros qu'il n'y comprenait rien mais que c'était certainement très beau.

En face B, la chanson est beaucoup plus joyeuse et tranche avec le titre-phare. Carrément sensuelle, cette composition nous entraîne du côté des Indes. Comme Roda-Gil est encore présent, le fait de fermer les yeux fonctionne encore, avec en prime les odeurs, les couleurs et les sensations. Ses rimes équivoques (perses / caresse) et la voix douce de l'interprète, de ses choeurs et de la combinaison des deux finissent de réchauffer l'atmosphère qui s'était, il faut bien le dire, bien rafraîchie sur la face A. 

Des trésors se cachent dans la discographie de Mort Shuman dont le parcours est pour le moins original. De ses collaborations avec Elvis Presley et Jacques Brel à la BOF de "A nous les petites anglaises", il faut bien reconnaître que le grand écart peut laisser rêveur.

Fiche technique:

Mort Shuman

Le lac majeur / Shami-sha

Philips

1972

Paroles et musique:

M. Shuman / E. Roda-Gil

 

Et la chanson: Différence majeure avec le lac du même nom par rapport au 45 tours, la chanson est interprétée en live par Mort Shuman sur une orchestration un poil différente, certainement lors d'une émission de Guy Lux - il n'y avait que lui à l'époque pour faire des classements à la télé. Si on élude la structure bizarre qui tourne derrière, ce clip est juste un moment de bonheur.