Sacha Distel

Sacha Distel est heureux, détendu et en smoking. la petite pochette rouge est assortie au titre et au nom de l'artiste. Le sourire aveuglant du chanteur est assorti au décor. Sacha Distel est épanoui et il a de quoi. En 1980, il décroche une collaboration avec Serge Gainsbourg. Celui-ci avait déjà travaillé avec bon nombre d'artistes, souvent avec des femmes d'ailleurs, mais point encore avec ce guitariste de jazz hors-pair. Alors, Distel à la musique et Gainsbourg aux paroles, ça promettait un haut-niveau, une rencontre magnifique, une chanson qui resterait dans toutes les mémoires.

Raté...

Au début, ça ressemble un peu à la Bande à Basile: on entend une musique guillerette avec des choeurs de crapauds dessus... C'est bizarre mais soyons indulgents, c'est tout de même une rencontre entre Sacha Distel et Serge Gainsbourg, ça ne peut être que splendide. Et puis, ça commence vraiment avec un faux air de L'ami caouette dont j'ai cru comprendre que Gainsbourg n'était pas fier, qu'il l'avait un peu fait cette chanson de manière alimentaire; et là, on commence à avoir des doutes... Les paroles expliquent l'aversion du chanteur (et derrière, de l'auteur) pour l'eau. On trouve également une référence anti-militariste pas fine ("l'autre andouille sous les drapeaux"), on est de plus en plus déçu. Enfin, le refrain crucifie les amateurs de Gainsbourg et ceux de Distel bien sûr car le contre-poids réalisé par des choeurs d'enfants ne fonctionne pas et la chanson s'embourbe méchamment dans la médiocrité.
Dans le passionnant ouvrage L'intégrale Gainsbourg de Loïc Picaud et Gilles Verlant, l'article concernant cette chanson explique que tout est parti d'un concept d'album où Distel a voulu collecter des textes d'auteur qu'il aimait, dont Gainsbourg. Il lui a envoyé une musique disco et Serge lui a adressé des paroles qui rimaient en -ouille, c'est vous dire le niveau. Les auteurs du livre s'étonnent d'ailleurs que cette chanson figure sur une face A, moi aussi.

Du même coup, la face B respecte le concept voulu par Sacha Distel. C'est Pierre Delanoë qui s'y colle pour Une chanson de toutes les couleurs. Bien plus académique, le texte propose une variation sur l'objet-chanson, son art et sa dimension universelle. Il est drôle d'ailleurs que ce titre atterrisse au dos d'une chanson de Gainsbourg, lui qui pensait que la chanson était un art mineur... Ce titre est très agréable, servi par une jolie musique signé là aussi par l'interprète. L'ensemble est tout à fait dans sa tonalité habituelle et rassure les fans, certainement.

 

Fiche technique:

Sacha Distel

On n'est pas des grenouilles / Une chanson de toutes les couleurs

Carrere

1980

Paroles et musique:
Face A: S. Gainsbourg / S. Distel
Face B: P. Delanoë / S. Distel


Et la chanson: En total direct, Sacha Distel - le brushing en déroute et le visage fatigué - interprète avec peu de conviction cette chanson, en tout cas au début. il faut dire que les danseuses déguisées en grenouilles autour de lui, ça ne doit pas aider à se sentir à l'aise.