Kimera

Vu l'état de la pochette, peut-on clairement dire que ce disque a été usé jusqu'à la corde par un fan acharné ou juste que le précédent propriétaire était un mélomane furieux? La question reste posée. Qui est ce mystérieux M.G.? A t-il abandonné ce disque sur une brocante pour montrer son désarroi ou pour faire de la place, sachant qu'il, ou elle, avait la chanson en mp3?
The lost opera est la chanson qui pique les yeux par excellence. L'interprète se nomme Kimera, elle est sud-coréenne et propose en cette année 1984 un débat tout à fait intéressant dans le petit monde de la chanson? A t-on le droit de toucher au patrimoine?

Nous avons vu ici que l'attaque sauvage de classiques de la chanson n'était pas ma tasse de thé mais libre à tous les lecteurs de ce blog de se forger une opinion. Mais qu'en est-il de la musique classique? On se souvient avec émotion de la contribution de Thierry Mutin qui avait réussi une très jolie adaptation de la Sarabande de Haendel. D'accord, elle est jouée au synthé, elle n'est certainement pas aussi émouvante que la version classique mais, précisément, l'objectif de Thierry Mutin n'était certainement pas de faire de la grande musique, comme on disait autrefois. D'autres ont joué aux apprentis sorciers et ont fait mal à des morceaux classiques devenus de minables objets ineptes. Ce fut le cas de Dave avec Lutèce et le nouveau monde en 1998 où il donne sa vision tout à fait troublante du morceau épique de Dvorak.

On peut mettre au crédit de Kimera sa jolie et la compétence de son organe. On peut également admirer le travail: la chanson est en complet décalage avec les oeuvres originales et n'a certainement pas l'outrecuidance de tutoyer son modèle. Cela permet de faire découvrir la musique classique par la porte de derrière, par le petit détail, par le côté ludique et, culturellement, c'est plutôt une bonne idée.

Toutefois, même si aucun animal n'a été maltraité durant le mixage, il faut bien dire que la chanson peut faire hurler à la mort quelques esthètes: les transitions à la hâche entre les morceau, l'orchestration saccadée et quelquefois très approximative peut ressembler à une insulte au bon goût. De plus, le clip issu de la chanson a le mérite de remplacer efficacement n'importe quel vomitif: c'est un festival de couleurs criardes, d'effets stroboscopiques et de fonds bleus permettant de laisser tout et n'importe quoi passer derrière la chanteuse.

La face B permet certainement de mettre tout le monde d'accord car, d'une part, Kimera ne chante pas ou peu et d'autres part, on se rend compte que la musique utilisée ne sert véritablement qu'au prétexte de faire autre chose. Alors oui, je trouve ça moins choquant que le traitement fait à Jolie môme mais c'est peut-être aussi dû au fait que ma culture musicale est moins tournée vers le classique que la variété.

 

Fiche technique:

Kimera

The lost opera / Dub search one

Ariola

1984

Paroles et musique:
Face A: G. Bizet (sans le vouloir)
Face B: G. Bizet (mais les ayants-droits ont-ils vraiment donné leur accord?)

 

Et la chanson: Avis à tous nos lecteurs sujets à l'epilepsie, n'ouvrez pas la vidéo, ça fait mal. On y voit des images de train, des gens qui jouent aux dés et Kimera avec son look improbable et ses robes en stores vénitiens. C'est le pire des années 80, c'est un peu aussi ce qu'on aime, non?