Sheila

Ce n'est pas facile de trouver un second souffle quand on a eu du succès pendant vingt ans. Quand on se fait piquer sa place par de nouvelles chanteuses s'intégrant pile-poil sur le créneau (Karen Cheryl par exemple), il faut savoir être souple. C'est pour cette raison que Sheila devient Disco à la fin des années 70 avec le groupe Black Devotion, le tout orchestré par Chic, ce qui est tout de même classe.
Comme toutes les modes sont faites pour passer, Sheila doit encore se relever et repartir à la chasse aux tubes. Nous sommes sur les dernières années "Carrere" et elle fait comme beaucoup d'autres, elle tente sa chance avec des reprises hasardeuses comme Shaddap your face qui devient et ne la ramène pas, mais aussi avec de jolies chansons originales comme ce Tangue au, dont le titre abscons en forme de jeux de mots n'est pas ce qui est de mieux dans le disque.

Le titre lent va comme un gant à une chanteuse qui nous a davantage habitué à des tubes syncopés et quelquefois un peu usants. Ici, on voyage entre l'exotisme et l'érotisme, entre le rêve et le reggae, entre le sexe débridé et la chaleur. La voix de Sheila colle très bien à ce texte fort bien fichu signé Philippe Abitbol, qui lui signa la reprise de Gloria d'Umberto Tozzi l'année d'avant. A la musique, on retrouve un certain Yves Martin, son compagnon.
Outre ce titre honorifique, il composa quelques titres pour Noam, Aviva (sans Shuky), Patrick  Loiseau (Sans Dave) et Véronique Rivière. C'est également lui qui chante le générique de Starsky et Hutch, et ça, ce serait dommage de l'oublier...

Tout ne pouvait pas être merveilleux malheureusement. Lorsque le titre de la face A est fini, on retourne le disque naturellement et on jète un coup d'oeil rapide sur le nom de la chanson.
Quand j'ai vu Johnny, Sylvie, Cloclo et moi, j'ai pensé tout de suite que ça serait un très bon disque pour le blog. Quand ça commence par un titre pareil, on ne peut qu'espèrer du vieux yéyé, de la nostalgie, des paroles niaises et du kitsch involontaire comme on l'aime... Pas du tout.
Cette évocation est tout ce qu'il y a de plus triste. Sheila revient sur ses années yéyé de manière assez déprimante. Il pleut, on feuillette des albums de souvenirs, on se dit que c'était bien avec une pointe de regret. Ce n'est pas ma vision des choses alors forcément, la chanson m'ennuie très vite. De plus, les paroles sont incompréhensibles. Je ne sais pas pourquoi: peut-être des difficultés à maîtriser le discours indirect (l'histoire est basée sur une lettre découverte par l'interprète), toujours est-il que c'est chiant comme une poésie écrite en primaire, comme une chanson de remplissage, ce qu'elle est.

 

Fiche technique:

Sheila

Tangue au / Johnny, Sylvie, Cloclo et moi

Carrere

1983

Paroles et musique:
P. Abitbol / Y. Martin

 

Et la chanson: Extrait d'une émission de Champs Elysées. Sheila est en play-back avec une chorégraphie bien huilée puisqu'on la retrouve sur toutes ses autres prestations télé. A noter, une sorte de sculpture très étrange derrière elle. Si quelqu'un sait à quoi ça peut bien correspondre, je suis intéressé.