Richard Dewitte

Fouiller dans ma discothèque est souvent source de joies intenses, surtout quand on tombe sur une merveille totalement par hasard. Ma collection étant très importante, vous imaginez bien que j'achète mais n'écoute pas tout, tout de suite. Je me garde quelques disques pour plus tard, les achète parce qu'ils me posent question sur le moment, ils me semblent dignes d'intérêt, capables de me procurer une émotion.
En tombant sur ce 45 tours, je savais qui était Richard Dewitte et c'est pour ça que l'achat a dû se faire: un membre tout seul du groupe Il était une fois sur un 45 tours, ça ne peut engendrer qu'une certaine curiosité... Et puis, cette voix aigüe, c'est tout ce que j'aime... Et puis, le disque s'est enfoui dans les rayons de ma grande discothèque... Jusqu'à ce que je prépare une émission spéciale vinyle sur ma radio (www.maxi80.com, du lundi au jeudi à 20h) et que je retombe dessus.

J'ai évidemment écouté les deux faces. Je vais liquider vite fait d'ailleurs la face B, qui ne présente pas autant d'intérêt que son illustre revers. Vole, pigeon vole est un titre rythmé collant très bien à la voix si particulière de Dewitte, mentionnée plus haut. Ca ressemble beaucoup à ce que faisait Daniel Balavoine à l'époque (Les aventures de Simon et Gunther... Stein pour ne citer que celle-là) ou à ses compositions pour Catherine Ferry, surtout au refrain avec le pont et les choeurs. C'est faussement joyeux, désespérément enlevé. Décidément, c'est encore une fois tout ce que j'aime. Mais cette face B n'est rien à côté de Elle aimait le sud.

Sur la pochette, un montage moche - c'est peut-être la seule chose qu'on pourrait reprocher à l'objet - représentant le chanteur appuyé contre un mur dans un paysage ensoleillé, le regard au loin... sauf que la fenêtre avec l'oiseau a clairement été recollée (si vous pouvez zoomer sur la photo, on y voit très bien les bords) et le bout d'arbre au dessus avec son morceau de ciel bleu est clairement un ajout grossier. Mais point de sarcasmes, laissons le côté hard-discount de la pochette pour installer le disque sur la platine.

Elle aimait le sud semble être un hommage à une femme partie trop tôt, on pense forcément à Joëlle mais elle n'est pas encore décédée (ce qui donne la même impression qu'avec ce disque ) : tout est à l'imparfait, tout baigne dans le souvenir, tout y est onirique: avant, la vie était belle avec elle, maintenant, c'est triste comme en témoigne le refrain puissant et déchirant qui reste en tête. "Elle avait quelque chose / Nom de dieu", il fallait oser... C'est d'ailleurs certainement pour cette raison que ce titre n'a pas fonctionné... le blasphème ne passe pas bien et on ne pardonne pas facilement à ceux qui le pratiquent, déjà à l'époque. Paraît-il qu'une deuxième version existe avec "Si tu veux" qui remplace le juron... Rien n'y fera, le titre restera anecdotique. Pourtant, la rupture au refrain, le pont avec commentaire parlé, c'était du joli boulot.

Les thématiques de cette chanson sont du pur "Il était une fois": la fin d'une grande histoire (qu'on retrouve dans Quand tu partiras, J'ai encore rêvé d'elle, C'est comme ça que je m'en vais), des motifs osés ou érotiques (également sur La triste histoire de William Carpenter, Le café attendra, Le droit de rêver) mais aussi du romantisme pur et dur (dans pratiquement tous les titres du groupe); ces thèmes font comme une synthèse dans cette  magnifique chanson dont l'instrumental accroche l'oreille. Alors oui, il semble bien que Richard Dewitte se soit clairement inspiré des Korgis avec Everybody's got to learn sometimes mais après tout, si c'est pour faire une pièce de ce niveau, pourquoi hésiter?

 

Fiche technique:

Richard Dewitte

Elle aimait le sud / Vole, pigeon vole

EMI

1981

Paroles et musique:
R. Dewitte / D. Barbelivien

 

Et la chanson: Pas de prestation télé mais une bonne qualité de son qui me fait dire que ce n'est pas le 45 tours qu'on entend.