Dalida

Un culte est voué à Dalida depuis sa disparition en mai 1987. Des cohortes de fans, comme ceux de Cloclo ou ceux d'Elvis, courent les manifestations artistiques, les disquaires lorsqu'une énième compilation de plus ou moins bonne qualité paraît ou se rivent devant leurs écrans de télévision lorsque par exemple un biopic fut diffusé sur France 2 il y a quelques années.
Dalida est une chanteuse populaire qui n'a jamais vraiment connu l'oubli et dont les tubes sont restés dans toutes les mémoires. Cependant, notre Yolanda (vrai prénom de Dalida) a connu une trajectoire post-mortem assez similaire à celle de Joe Dassin.

Jusqu'à sa disparition, Dassin était considéré comme un vague chanteur à lasso, toujours en costume blanc, dont le strabisme faisait sourire. Aujourd'hui, Télérama découvre qu'il écrivit de très beaux titres folk comme Salut les amoureux (repris il y a quelques années par Miossec) ou Marie-Jeanne, troublante histoire rurale qui finit mal. Dalida connaît donc la même histoire: On la voyait comme une gentille meneuse de revue avec la même coquetterie dans l'oeil que Joe Dassin, on apprend subitement et avec surprise que son répertoire est bien plus profond, bien plus ambitieux que ça. Ainsi, Darla dirladada n'est pas que cet hymne dévoyé du Club Med, c'est aussi une magnifique chanson sur l'abandon dont la conclusion fatale et pathétique rend l'ensemble désespérément magnifique. De même, Gigi in paradisco évoque la mort de Gigi l'amoroso et Mourir sur scène se révèle ne pas être qu'une posture ("fusillée de lasers") quand l'interprète s'adresse en fait à la mort à longueur de boîte à rythmes.

Après ces quelques considérations historiographiques, venons-en au disque qui nous intéresse. La face B s'intitule Ram dam dam. C'est une chanson entraînante sur le temps qui passe et sur l'utilité d'en profiter tant qu'on peut encore le faire. On retrouve la même idée ambitieuse d'un instrumental un peu bizarre avec une guillerette ligne folklorique, peuplée de tambourins et de choeurs.
Cette chanson me semble être une reprise ou en tout cas, une évocation d'un autre titre plus connu, mais pas moyen de la retrouver. C'est Catherine Lesage qui l'a écrite et composée. Elle fut au service de Richard Anthony, Rika Zaraï ou Mireille Matthieu et fit l'essentiel de sa carrière dans les années 70. Penchons-nous à présent sur cette sublime face A.

Ils ont changé ma chanson, Ma est une reprise d'un titre de Mélanie et évoque la modification non approuvée par son interprète d'une composition de son cru. Cette chanson folk et crescendo sur les droits d'auteur et sur la propriété intellectuelle pose d'entrée de jeu une ambiance toute particulière. L'orchestration volontairement boiteuse et dépouillée entraîne le pathos et l'affliction. Paradoxalement, son côté saloon avec les danseuses, les joueurs de poker, les verres d'alcool capables de dissoudre le zinc du comptoir donne de la légèreté à un titre bien triste, le passage "Ils ont traduit / ils ont trahi ma chanson." prouve qu'opter pour un instrumental guilleret creuse intelligemment l'opposition. Quelques années plus tard, Arno et Stephan Eicher sublimeront cette chanson dans une version qui aurait pu être réalisée dans un pub irlandais à 4h30 du matin avec une bande de pochtrons.

 

Fiche technique:

Dalida

Ils ont changé ma chanson, Ma, / Ram dam dam

Sonopresse

1970

Paroles et musique:
Face A: M. Vidalin / M. Saska
Face B: C. Lesage

 

Et la chanson: En total direct dans ce palmarès des chansons (les apparitions du nombre de points téléspectateurs et de Sophie Darel font foi), Dalida nous fait ici une magnifique prestation qui prouve une fois de plus que le public n'y comprend pas grand chose: ils applaudissent en rythme sur cette chanson désespérée comme s'ils étaient au concert du nouvel an.