Etienne daho

Par où commencer? C'est terriblement difficile de choisir un angle de départ tant ce disque échauffe ma plume. Parlons peut-être de cette magnifique pochette où Etienne Daho nous fait profiter de sa splendide plastique, nous prouvant par la même occasion qu'il est encore une bombe sexuelle. Je vous conseille de regarder la pochette en écoutant la chanson, ça fait un effet très original, comme une vibration, un appel, une émotion sous-terraine.

Toutefois, ce disque est un peu particulier et je m'en vais sortir du sujet (mais pas vraiment) durant quelques lignes car ce qui vient me tient à coeur. Le 45 tours est porté disparu depuis 1993, date où le marché du disque termine totalement mais pas définitivement sa mutation. Celle-ci est laser et le vinyl entre maintenant dans la légende. Et puis au début des années 2000, certains artistes publient en vinyl. Etienne Daho, Johnny Hallyday et Mylène Farmer sont les premiers, ils ont aussi un point commun: les fans hard-core.
Rien n'est moins beau pour un fan capable qu'un objet un peu particulier - et coûteux - pour satisfaire leur collection. Il y a "collectionneur" et "collectionneur": ceux-là se limitent à un artiste, glane tout ce qu'ils peuvent et passent en revue jalousement les éléments de leur trésor, et puis il y a les autres qui aiment l'objet pour ce qu'il est, pour ce qu'il y a dessus, pour le son particulier qui apparaît, et qui explore de la même manière ses prises de guerre. La différence réside certainement dans le but: j'utilise ma collection de vinyl, je ne suis pas sûr que ce soit le cas des fans hard-core.

Et puis, le marché du disque vinyl est revenu en force depuis quelques années grâce à quelques bobos qui trouvent ça classe d'acheter des "Back to blacks" sans se rendre compte que le son n'a rien à voir avec celui d'origine, que le 33 tours est bien plus lourd que celui d'hier et qu'en définitive, il ne lui ressemble pas. Le disque microsillon aujourd"hui est horriblement cher: celui-ci m'a coûté plus de 6 euros, 40 balles de l'époque, et l'édition vinyl de l'album de Stromae coûte presque 30 euros, une honte.

Mais, nom de nom, pourquoi ai-je acheté ce disque? Parce que j'ai du mal à résister. Tel l'ex-fumeur enfermé de nuit dans un bureau de tabac, il m'est difficile de ne pas acheter surtout quand j'aime le titre. La peau dure est une sublime chanson évoquant un peu les mêmes thèmes que ceux de Retour à toi il y a quelques années: l'enfance, l'abandon, la solitude et la rédemption touchante et troublante que l'Autre apporte. Les rimes en -ure, de cyanure à... roulure, font comme un écho à cette dureté que lui a certainement prévue la vie. Le refrain splendide, basée sur une rupture de ton, colle si bien à sa voix sensible. Les paroles hésitent entre violence, érotisme et charme, sur une musique aérienne imparable et merveilleuse.

La face B est inutile: le Cyanure remix de cette chanson est en fait la même chanson que sur la face A, il y a peut-être une petite différence dans l'orchestration mais je n'en suis même pas sûr. Il ne reste qu'à regarder ce joli disque vert pomme en attendant sagement que ça se termine et en profitant de la douce voix d'Etienne et de ses paroles si profondes. La preuve s'il en est que le 45 tours aujourd'hui est bel et bien produit comme un futur objet de collection et non comme un support vivant qui vibre, nous émeut, nous surprend, nous déçoit quelquefois.

 

Fiche technique:

Etienne Daho

La peau dure / Cyanure remix

Polydor

2013

Paroles et musique:
E. Daho / J.L. Piérot

 

Et la chanson: Le clip aussi est génial.