Michel Sardou

Les années 80 de Michel Sardou ont véritablement bien commencé avec Être une femme, Rouge, Chanteur de Jazz mais ça n'a pas vraiment tenu. A partir de 1987, les ventes sont moins là, les chansons moins inspirées. Bref, le chanteur cherche son souffle. A cette époque, ses tentatives cinématographiques sont peu convaincantes: Cross avec Roland Giraud souffre encore aujourd'hui d'une réputation effrayante de gros nanar tout moisi et Promotion canapé n'avait pas véritablement convaincu, ce qui est fort dommage. Il faut se ressaisir.

Avant son retour en grâce discographique avec Marie-Jeanne durant l'été 1990, Sardou sort ce disque presque social où il apparaît inébranlablement boudeur, limite constipé. j'ai redécouvert cette chanson avec bonheur il y a quelques années. Elle démarre avec l'intervention d'un enfant, censé être son fils, qui écrit à sa chère mamie. On peut donc convenir que Mamie est Jackie Sardou, ce qui permet une nouvelle apparition de l'inoubliable mère Crouzy dans une chanson de son fils (après Une fille aux yeux clairs et Maman entre autres). Puis, l'arrivée christique d'un Michel sardou totalement désabusé mais encore vaillant nous comble alors de bonheur.
La chanson évoque le divorce et la reconstruction d'un quarantenaire, vu par son fils, mais surtout vu par celui-ci. Le moins que l'on puisse dire, c'est que notre Sardou est encore gaillard: "Deux seins sous un pull-over", "cyclone autour d'un divan"; on est pas dans le séjour à mater Slam en attendant Julien Lepers. Son désir n'est pas mort, il bouge encore ! Les jolies paroles de la chanson sont bien désservies par une orchestration délicieusement datée, rappelant la lubrique Mélodie pour Elodie mais aussi Petit version 1988. 

La face B propose Vincent et bénéficie d'une orchestration similaire. Cette chanson évoque Van Gogh et c'est vrai qu'on attend pas forcément Michel Sardou sur ce terrain. Il faut dire qu'à cette époque, on s'apprête à commémorer le centième anniversaire de la disparition du peintre mono-otique et qu'un film sur sa vie avec Jacques Dutronc dans le rôle-titre était en préparation.
Peut-être un peu trop grandiloquente, cette belle chanson sent le ciel gris, l'orage installe une atmosphère bien particulière. Sardou joue sur les couleurs sans jamais donner l'impression d'éclat, cependant. Il évoque le processus de création et les difficultés qui en résultent. La musique composée par Jacques Revaux, tout comme pour la face A, est quelque peu datée. Tout ceci n'explique peut-être pas totalement le manque de postérité de ce titre. C'est en fait la chute qui fiche tout par terre: Quand Sardou finit par "Mais aujourd'hui, Vincent, Tu vends.", La magie s'estompe pour laisser place au capitalisme flamboyant... C'est idiot, c'est facile... et c'est le problème, le gain financier qui constitue la chute de la chanson efface les jolis effets du texte. Dommage.

 

Fiche technique:

Michel Sardou

Attention les enfants... danger / Vincent

Tréma

1989

Paroles et musique:
M. Sardou / J. Revaux

 

Et la chanson: Prestation télé en live de Michel Sardou, dont la voix grave me plaît toujours autant. Seul problème, l'enfant a été remplacé par... Jean-Claude Brialy qui a un peu modifié le texte, le rendant assez graveleux. Même Sardou en souriant, c'est vous dire que ça va pas bien, lui dit qu'il est en train de casser sa chanson.