Sylvie Vartan

 

C'est dans ces moments précis que je me dis que je ne suis qu'un vilain.
J'avais envie de chroniquer Sylvie Vartan aujourd'hui, allez savoir pourquoi, et me voilà à la recherche du 45 tours pouvant m'inspirer. Il se trouve que Vartan est bien représentée dans ma collection. Certains ne m'inspiraient pas du tout, Georges avait déjà été chroniqué. Bref, j'arrêtai mon choix sur deux disques: La Maritza et Danse ta vie. Lequel ai-je pris? Forcément, le plus méchant, le plus cruel, le plus raté... En gros, Danse ta vie représente l'un des plus beaux ratages de la chanson française... J'aurai pu le passer sous silence mais c'était trop tentant, j'en avais même déjà parlé, je ne pouvais vraiment plus reculer... Et en même temps, elle n'avait qu'à pas le faire !

Les plus indulgents diront que l'instrumental de la face A est certes un peu cheap mais plutôt ressemblante par rapport à l'original. Les plus objectifs - dont je fais parti - objecteront que ce n'était carrément pas une bonne idée de se lancer dans un tel challenge... Surtout avec une coupe de cheveux pareille, y a pas à dire, elle cumule. On a l'impression qu'elle est devant un réacteur de long courrier. C'est pas possible d'être aussi inconsciente !
Concernant cet exercice musical qu'est la reprise, on peut rappeler ici que dans les années 60, une certaine alchimie faisait que les adaptations françaises fonctionnaient et entraient dans l'oreille. Le style musical a heureusement évolué mais, de ce fait, la pop des années 80 est rarement adaptable en français, mis à part peut-être Foreign affair de Mike Oldfield qui a donné le sublime Etrange affaire de Wallis Franken. Evidemment, je ne multiplierai pas les exemples car ce n'est pas le sujet et surtout, ils ne sont pas légion.

Les paroles de Danse ta vie sont creuses, se basant sur la notion binaire qui consiste à dire que la danse, c'est la liberté. Même la voix puissante de Vartan ne sauve pas le titre de trop d'approximations. Courir derrière le profit (car ici, on ne parle pas d'artistique, on parle de recyclage) n'est logiquement pas récompensé ici. Sylvie Vartan le prouve avec ce titre. Cependant, la face A est un chef d'oeuvre au regard de sa misérable petite soeur.

En face B, c'est donc pire. Michel Mallaury - responsable des deux titres - massacre en règle le Sweet dreams d'Eurythmics. On reprend peu ou prou la même recette avec une orchestration ressemblante à l'original mais là aussi un peu fauchée. Les paroles sont effroyables, je vous laisse juge; je ne voudrais pas qu'on me taxe de cruauté: "Déprime, à quoi tu rimes / Avec ton parfum d'aspirine". C'est culte à ce niveau ! On doit également relever les affreuses rimes en -ime glissant quelquefois vers le -ine quand le dictionnaire n'est pas efficace. L'idée de départ est le fait que l'interprète ne déprime pas car elle est amoureuse. De ce postulat un peu niais, on ne peut tirer que beaucoup d'amertume et d'abattement. L'ad-lib semble s'éterniser, tandis qu'une pauvre choriste cherche à vocaliser comme Annie Lennox.
Déplorable au premier degré, jouissif au deuxième degré.

 

Fiche technique:

Sylvie Vartan

Danse ta vie / Déprime

RCA

1983

Adaptations:
M. Mallory

Et la chanson: Sylvie Vartan se donne beaucoup de mal, engage de l'énergie et de bonne volonté. Malgré des moyens et une chorégraphie sympa qui rappelle un peu le Papa Pingouin, ça reste médiocre.