Lenorman

 

Le trou d'air, ça existe. Gérard Lenorman peut vous en parler. Après une décennie de succès non-stop, le voilà en difficulté. Le public le boude, se désintéresse, ne l'écoute plus. Cependant, il n'a certainement pas à rougir de ce qu'il fait en ces années 80 peuplées de chanteurs propulsés sur le devant de la scène l'espace d'un ou deux tubes. Lenorman a interprété quelques très jolies chansons dans ces années-là. On peut citer Fière et nipponne en 1985 (non, non, aucune contrepètrie en vue) ou encore Aventurière des aventuriers, Les cris du coeur et J'voulais seulement être un artiste en 1981, toutes trois extraites du très bon album D'amour, qui est également le titre d'une jolie chanson.

Jean-Sébastien est de ces tubes qui n'en seront jamais. On ne sait pas trop pourquoi. Pourtant, la musique bien eighties, les paroles datées ("funky", "look", "il est midi sur mon synthé", "dealer de rêves") aurait dû faire revenir Lenorman sur le devant de la scène. J'ai personnellement eu le souvenir de cette chanson bien des années après l'avoir entendue à la télévision. Je n'avais pas dix ans et je me rappelle de la montée des aigüs sur le refrain, je me rappelle de "pour s'envoler au dessus de son sol, il a dû faire une fugue".

La thématique de la vie difficile dans les quartiers chauds et / ou les banlieues violentes / et ou les nations dictatoriales, bien présentes dans la chanson de cette période (Noir et blanc de Bernard Lavilliers mais aussi Elle danse, Marie de François Valéry) croise avec une référence culturelle forte, ce qui n'est pas commun, il faut bien le reconnaître. Alors, doit-on vraiment se demander pourquoi un petit américain s'appelle Jean-Sébastien, si ce n'est pour le jeu de mot avec "come-back"? Je ne crois pas. C'est juste une jolie chanson sans prétention.

Jamais deux sans toi est une chanson nostalgique chantée par un sussurant Lenorman très calme sur la première partie. Cette sorte de petite valse au nom téléphoné remplit son office de face B. Il s'adresse à l'être perdu, met en avant les défauts qu'il le caractérise, regrette le départ de l'autre et part en vrille à la fin dans un champ lexical bouglionesque. Je ne suis pas convaincu par ce titre un peu lunaire, donc à l'image de ce que véhicule Lenorman depuis des années, et je persiste et je signe, c'est une honnête face B, sans plus.

 

Fiche technique:

Gérard Lenorman

Jean-Sébastien / Jamais deux sans toi

Charles Talar

1986

Paroles et musique:
Face A: M. Krikorian / M. Cywie / G. Di Nino
Face B: M. Krikorian / G. Lenorman

Et la chanson: Juste le disque, pas de prestation télé. Cela permet de se faire une rétrospective Gérard Lenorman à travers les âges, et surtout d'écouter cette jolie chanson.