Interface - Anna Vladia

C'est la magie de la chanson. Je pense prétendre m'y connaître un peu en chanson française et vous me croirez ou vous ne me croirez pas, mais ce titre, je n'en avais jamais entendu parler.
Pourtant, les années 80, c'est ma spécialité, c'est mon Noël, c'est mon Amérique à moi, mais cette chanson m'était passé à côté avec beaucoup de force. Après quelques recherches sur le sujet, on peut aussi préciser que les trois auteurs de la chanson ne sont pas non plus passés à la postérité: Seul l'un des trois a composé pour quelqu'un de connu et c'est Lova Moor, c'est vous dire que tous ces talents se sont bel et bien gâchés.

Anna Vladia rappelle sur bien des points un titre de deux ans son cadet, Les nuits sans soleil d'Ivanov: même ambiance slave, même texte sur fond de relations internationales et de crépuscule de bloc soviétique. Pourtant, ce n'est pas exactement le même effet: l'intro est un poil plus synthétique et sent davantage les années 80. De plus, le duo de voix qui interprète cette belle chanson a la qualité d'être fort bien assortie. En effet, le monsieur qui chante a une voix chaude, rassurante et la dame part dans les aigüs comme personne. Un producteur kamikaze qui aurait réunit Nick Carr et Joëlle d'Il était une fois n'aurait pas fait mieux.

L'autre point fort de cette chanson est la qualité des paroles: les deux chanteurs racontent la même histoire et se complètent, l'une plutôt d'un point de vue interne, l'autre plutôt externe. L'histoire, c'est celle de la fameuse Anna Vladia, qui semble croupir en tôle derrière l'ex mur de Berlin, la faute à un engagement contraire à l'esprit communiste de l'époque. Mais tout ceci propose cependant un vrai espoir traduit par une formidable montée vers le refrain, grâce au "Silence, silence, sileeeeeeence" qui amorce les supplications envoyées à l'héroïne. C'est une vraie réussite.

On regrette presque que la face B soit composée d'un instrumental qui n'apporte véritablement rien, si ce n'est un bon coup de vieux puisque les voix sont remplacées par du synthé ringard. Pendant ce temps-là, on peut admirer la splendide pochette réalisée de main de maître par les talentueux Pierre et Gilles (pléonasme) où apparaissent les deux sollistes et trois personnages non-identifiés (puisque je vous dis que je ne connais pas ce groupe !) posés là, comme des matriochkas.

 

Fiche technique:

Interface

Anna Vladia / Instrumental

Carrere

1987

Paroles et musique:
J.J. Evrard / D. Egéa / L. Blancon

 

Et la chanson: Pas de clip mais tout de même la chanson et sa magnifique pochette, c'est bien là l'essentiel.