Ottawan 3

Michel Sardou s'intéresse au concept de chanson-sujet de philo. Le gimmick du titre est: "Votre question était: faut-il désespérer?", repris par les choeurs habituels de la fin des années 80, début des années 90. On y reconnait clairement Carole Fredericks (sans Goldman et Jones), Joniece Jamison (sans Feldman), Debbie Davis (qui ne chante pas encore "C'est l'histoire de la viiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie"). Je vous le dis tout de suite: Il n'y a pas de réponse claire.
La chanson parle de nostalgie et d'une relation entre le chanteur et un ou une ado qui passe le bac. Sardou fait alors un parallèle étrange entre sa propre vie et, de manière assez vague et pas très directe, l'instutition scolaire. Doit-on faire appel à un psy pour comprendre les paroles, c'est possible. La réflexion de Sardou s'embourbe un peu dans une analogie dont on arrive difficilement à relier les points communs.

Ce qui me gêne davantage, c'est le refrain. Sardou a souvent renié son côté chanteur engagé et c'est pourtant terriblement présent tout au long de sa carrière. Nier est une position confortable permettant de faire un peu ce que l'on veut tout en revenant dessus ultérieurement sur le grand air de "Je ne fais que jouer un personnage".
Autrement dit, c'est lâche.

Ici, il tape allègrement (et c'est peut-être aussi pour ça que ça me chagrine) sur l'éducation nationale: On y parle du bac G - ancêtre du Bac STT, lui-même ancêtre de l'actuel bac STG - comme d'un bac facile; du lycée comme d'une benne à ordure. Le raccourci prête à la démagogie, l'utilisation du motif dans une histoire plus ou moins amoureuse tend à la gratuité et à la facilité. C'est vraiment dommage, c'est l'une des plus belles mélodies du répertoire de Sardou. Alors, certes, je ne suis pas d'une objectiité radicale sur la thématique abordée par cette chanson puisque j'appartiens moi-même au corps des professeurs dévoués mais soyons le plus honnête possible, hormis le chapitre éducatif et donneur de leçons, c'est l'une des très belles chansons de notre boudeur préféré.

En face B, Tu ne sauras pas ce que tu veux fonctionne sur l'ambivalence des sentiments. Le but est de décliner à l'infini les possibles et leurs contraires. Certaines intonations rappellent Le bac G, la construction rappelle Louise Labbé, vous savez "Je brûle et je me noie"... Ca date du XVIème siècle, c'est vous dire l'originalité de la chanson. C'est en fait un titre de remplissage qui vaut pour sa mélodie sympa se mariant très bien avec la voix de Sardou... Mais elle aussi oubliable que le texte mais moins que cette pochette géniale, qui représente au choix Sardou penseur sous un chêne ou Sardou faisant la gueule sous un chêne car un oiseau lui a chié dessus et il cherche alors le coupable. Personnellement, je préfère la deuxième possibilité.

 

Fiche technique:

Michel Sardou

Le bac G / Tu ne sauras pas ce que tu veux

Trema

1992

Paroles et musique:
Face A: M. Sardou / J.P. Bourtayre
Face B: M. Sardou / D. Barbelivien / J.P. Bourtayre

 

Et la chanson: Longtemps, j'ai cru que Sardou s'adressait à une fille. Raté, le clip nous apprend, avec moults symboles faciles, que l'interlocuteur de l'interprète est un garçon.