Marie Paule Belle

 

On voit toujours Marie-Paule Belle comme la rigolote de la chanson française. C'est vrai que La ParisienneLa biaiseuse ou Les petits patelins sont des titres qui marquent par leur entrain et leur joie de vivre mais c'est vite oublier des titres plus sérieux comme le sublime Quand nous serons amis - certainement ma préférée - qui aborde avec élégance et charme ce que devient une relation lorsque celle-ci n'est plus amoureuse. C'est oublier également ce 45 tours daté de 1983 et regroupant deux titres pas franchement gais.

La pochette en est un témoignage en amont. On y voit une interprète en pleine action, l'air grave, peu en adéquation avec l'image évoquée plus haut. On peut franchement regretter les incrustations lourdes et datées de la typographie mais on on peut aussi être intrigué par ce disque, et sauter le pas, l'écouter, l'apprécier.

Réalisés par William Sheller, ces deux chansons nostalgiques servent admirablement la jolie voix de Marie-Paule Belle. La vie facile disserte sur une existence simple et tranquille, comme le chantera Serge Lama un peu plus tard, mais perclus d'angoisses quotidiennes planquées derrière une certaine aisance: "Tout est facile, sauf justement la vie". Les arrangements épurés abordent une vie de couple à longue distance, une atmosphère étrangement plombée malgré l'insouciance de façade, une impression que tout coule sans douleur alors que la vérité est ailleurs.
Sur des paroles de Françoise Mallet Joris, Marie-Paule Belle pose une belle musique lente, jamais loin du pathétique (dans le premier sens du terme) ni de la tristesse intrinsèque.

La face B est, je crois, supérieure. Bon pour la mère, bon pour l'enfant dresse, par l'intermédiaire de souvenirs ou d'objets, toute une vie de relations familiales. Une robe, une guitare, des dents de lait, des croyances émaillent ce récit touchant et bref. Sans surligner quoique ce soit - ça serait gâché - Marie-Paule Belle passe en revue des liens distendus que nous avons tous plus ou moins connus, toujours avec énormément de tendresse.

En général, la chanson a la qualité de résumer en peu de mots des sentiments complexes. Ici, certaines phrases me font frémir et m'interpellent: "C'est doux et c'est amer" à propos des amis ou "Je n'écris plus à la maison" à propos de la famille m'emportent loin. Alors oui, on rigole un peu moins mais on s'en fout, c'est juste beau.

 

Fiche technique:

Marie-Paule Belle

La vie facile / Bon pour la mère, bon pour l'enfant

Carrere

1983

Paroles et musique:
F. Mallet Joris / M.P. Belle

 

Et la chanson: Pas de prestations télé (gratuites du moins) pour ces deux chansons. Voici la face B en images fixes.