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Les duos amènent quelquefois des surprises hautes en couleur. Souvenons-nous avec émotion de ce tube hautement improbable exécuté par Mireille Mathieu et Patrick Duffy, une rencontre Maritie-et-Gilbert-Carpentiesque entre Sardou et Mireille Darc ou encore cet attelage effroyable et familial qu'était Franck et Vincent Fernandel. Ici, nous avons affaire à une collaboration pas si illogique et vraiment pas honteuse entre Jeane Manson et Kenny Loggins.

La pochette se constitue d'une photo cadrée de près. Jeane Manson apparaît plus bouclée que jamais, comme une poupée de porcelaine sur la literie de mamie. Revenons un instant en arrière: la fin des années 70 fut marquée par un ensemble plus ou moins décousu de tubes par la plus américaine des françaises, comme les animateurs radio et télé ont pu la présenter de manière fort peu originale. Elle fit entre temps des apparitions dans quelques films (dont ceux des Charlots) et consititua un élément prépondérant à la réussite des « Top à », si prépondérant qu'aujourd'hui encore on se rappelle de se concours de bisou baveux qu'elle exécuta avec notre Julio Iglesias.

Dans le creux de son épaule gauche apparaît la tête fort poilue de Kenny Loggins. Célèbre (enfin, toute proportion gardée) en France quelques années après pour avoir interprété la chanson de Footloose, il n'en est pas moins quelqu'un de connu dans son Amérique natale. La chanson en elle-même dénote toutefois un parcours pour le moins tortueux de la part de cette chanteuse. En effet, Jeane faisait auparavant l'amour avant de dire adieu dans une orchestration brûlante et sexuellement connotée. Cinq ans plus tard, force est de constater qu'elle fait tout dans le désordre puisqu'Amitié et amour tient bien plus de la bluette adolescente que de la séance extravagante de sexe débridé.

Les deux protagonistes échangent sur le thème universel des sentiments contradictoires qui ont fait la joie de la chanson française. On peut citer Mon amour, mon ami de Marie Laforêt, Un roman d'amitié d'Elsa et Glenn Medeiros et même des titres dont la composition est très proche de celui qui nous intéresse aujourd'hui : Amour, amitié du regretté Pierre Vassiliu ou D'amour ou d'amitié de Céline Dion. Bref, tout ceci n'est pas neuf. Pourtant, c'est une très bonne chanson, très efficace. C'est une adaptation plus que fidèle de Whenever I call you friend du même Kenny Loggins, sorti 3 ans plus tôt et enregistrée en duo avec Steevie Nicks du groupe Fleetwood Mac.

En écoutant la version originale, deux remarques me viennent : d'une part, pourquoi, mais pourquoi Jeane Manson part t-elle si haut dans les aigüs ? Nicks est plus sobre et du coup peut-être plus efficace. D'atre part, je pense être en droit de croire que Kenny Loggins n'est jamais entré en studio pour enregistrer les couplets tant ça ressemble à un copié-collé. Il n'empèche que c'est très bon, vaguement disco et fait une sorte de trait d'union entre ce qu'étaient les années 70 et ce que deviendront les années 80.

Ce titre est adapté en français par Nicolas Peyrac, tout comme la face B, Sorcière d'amour qu'on retrouve aussi sur l'album de Jeane en 1981. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le titre est en phase avec la phase B. Musicalement, c'est le même état d'esprit. Je critique souvent le fait que certaines faces B n'ont rien à faire là, soit trop faibles, soit au contraire trop réussies pour les laisser de côté. Ici, c'est une vraie bonne face B : trop faible du côté des paroles pour faire un véritable succès mais réhaussée par une bonne musique, bien orchestrée et bien arrangée.

Fiche technique:

Jeane Manson & Kenny Loggins

Amitié et amour / Sorcière d'amour

CBS

1981

Paroles et musique:
Face A: K. Loggins / N. Peyrac / M. Manchester
Face B: J. Manson / N. Peyrac / M. Dailey

Et la chanson: En playback au festival de Monte-Carlo. Quelques enseignements: Jeane Manson adore décidément se faire peloter dans ses prestations télé, Kenny Loggins maîtrise difficilement le playback de cette chanson (il se loupe, entre autres, à la fin du premier refrain), semble bien maladroit avec son corps et fâché avec le styliste. Enfin, le décor en gros plan semble bouger ce qui donne envie de vomir. Encore un joli moment de télé.