Charlots

La photo de la pochette, en noir et blanc, est à mi-chemin entre la comedia dell'arte et le théâtre médiéval (vérification faite, les costumes ne viennent pas des Charlots mousquetaires, comme on pourrait le penser). L'humour portnawak du sémillant groupe franchouillard emprunte quelquefois des grands classiques de la chanson, comme Derrière chez moi par exemple.

Souvent, on y retrouve le fameux accent berrichon emprunté par Gérard Rinaldi, merveilleux chanteur à la voix chaude et parti bien trop tôt, et les orchestrations très réussies de ces cinq rigolos qui sont décidément de brillants musiciens.
Pour tout dire, les interprétations des Charlots me rappellent toujours l'univers de Marcel Gotlib. Il y a un côté foutraque, jouissivement bordelique qui me rend heureux. Souvent, mais pas sur ce titre, on les entend parler en fin de chanson. On peut suspecter de l'improvision, ce n'est pas toujours réussi mais qu'est ce que c'est bon !

Ouvre la f'nêtre fonctionne sur le principe de la fausse rime: on s'attend à une grossièreté à la fin du vers, une grivoiserie et puis non. L'intervention de la phrase commençant par le titre de la chanson et finissant par une partie divergente permettant une nouvelle rime, permet de ne pas tomber dans la vulgarité, même si on se roule dedans avec délectation.

Ma préférée demeure la toute dernière, une sorte de bouquet final, qui est celle qui va peut-être le plus loin et qui me fait rire bêtement dès que je l'entends :

"De joie, mes paupières se mouillent / J'voudrais t'embrasser les...
Ouvre la f'nêtre, on étouffe ici
...Les deux mais et dire merci."

Je n'y peux rien, ça me met en joie.

La face B s'intitule Les gardiens de phare. Slow fort classique, typiquement années 60. La voix n'est pas celle de Gérard Rinaldi, puisque celui-ci est dans les choeurs. On comprend très vite que le ressort comique repose sur la difficulté de l'interprète à monter dans les aigüs. Du coup, on se fout des paroles et on passe l'intégralité du titre à se demander qui souffre autant à grimper tout là-haut. Loin d'être une réussite, cette petite chanson remplit gentiment son office de face B sans pour autant transcender le fan des Charlots que je suis.

Fiche technique:

Les Charlots

Ouvre la f'nêtre / Les gardiens de phare

Vogue

1970

Paroles et musique:
Face A: Sandrey
Face B: S. Imhof / F. Bonifay

Et la chanson: Une vidéo faite à la maison avec platine qui tourne. C'est toujours un plaisir de regarder un disque tourner. Nous avons même le droit à une apparition de la pochette dédicacée par Jean Sarrus. La classe...