Gérard Lenorman

L'inconvénient du disque de juke-box, c'est qu'il s'abime. Il a été joué maintes et maintes fois, a pris des jetons, a un son moins bon et n'a pas été ménagé depuis qu'il a quitté la liste d'écoute. Résultat, mon exemplaire est bien fatigué mais un 45 tours, c'est sacré, on ne s'en sépare pas. Le deuxième inconvénient réside dans l'absence de pochette. Ici, nous aurions pu voir un Gérard pensif, de profil, regardant au loin devant des feuillages; photo reprise au verso de l'album Drôles de chansons où apparaissent les deux faces de ce single, nous y reviendrons.

L'avantage pour le collectionneur est l'étiquette. Je m'explique. En 1976, CBS a presque abandonné le centre de disque très orange qui permettait très facilement de reconnaître les disques de la firme, au même titre que les étiquettes roses flashy de chez Carrere ou les arcs en ciel de WEA.
Néanmoins, pour les productions parallèles, l'étiquette diffère quelquefois. Chez CBS, on en trouve des jaunes au début des années 70 puis des blanches pour les disques hors-commerce mais aussi des rose-orangées en dégradé pour les juke-boxes. C'est une manière de s'y retrouver. C'est aussi, pour le collectionneur que je suis, une joie inextinguible et une source de plaisirs sans équivalent.

Voici les clés est une chanson qui semble en avance sur son temps. Elle parle de divorce sans toutefois jamais prononcer le mot. Elle parle de Nicolas, fil conducteur de toute cette histoire d'amour qui ne finit pas très bien mais qui, paradoxalement, semble finir sur une note plutôt optimiste, que ce soit dans les paroles de Pierre Delanoë ou dans la jolie musique de Toto Cutugno. Voici les clés est un croisement entre Les divorcés de Michel Delpech - en plus feutré - et du sublime Quand nous serons amis de Marie-Paule Belle - en peut-être moins puissant. C'est le titre qui ouvre l'album dont je vous entretenai tout à l'heure. Dans cet album étrange, d'où le nom, on retrouve des compositions de Philippe Lavil (Sous d'autres lattitudes), de Didier Barbelivien (l'incroyable Invitation à la mort disponible ici et suggéré en toute modestie par votre serviteur à l'équipe de B&M). On y trouve aussi des gros tubes avec Michelle et Gentil dauphin triste ou des chansons fort réussies comme S'il vous plaît les nuages ou Le temps.

On découvre également sur cet album, ce qui constitue la face B de ce 45 tours. Comme une chanson bizarre est une chanson fleuve de 5'45'' coécrite par Lenorman et Nicolas Peyrac, démarrant par des paroles assez universelles et lyriques et se terminant par une litanie du chanteur accompagné d'une voix de pilote de ligne. Cette voix traduit le gimmick de la chanson de Lenorman ("Un peu de moi, un peu de nous, beaucoup d'amour, et tant et tant d'espoir au coeur du monde entier) dans plein de langues différentes. Cette démarche fut d'ailleurs réutilisée dans Lipstick polychrome de Daniel Balavoine quatre ans plus tard.
Une belle chanson universelle sur l'amour du même nom qu'il serait intéressant d'écouter en ces périodes sombres.

 

Fiche technique:

Gérard Lenorman

Voici les clés / Comme une chanson bizarre

CBS

1976

Paroles et musique:
Face A: Pallavicini / T. Cutugno / P. Delanoë
Face B: N. Peyrac / G. Lenorman

Et la chanson: Lenorman en playback complet dans une émission intitulée Top Pop, qui ne me semble pas avoir un rapport avec le cultissime Top of the pops anglais.