Line Renaud

 

Il existe des disques que l'on recherche à corps perdu. Quand le collectionneur est motivé, il peut fouiller longtemps, inspecter de manière intensive des brocantes lointaines et même dépenser des sommes tout à fait importantes pour obtenir l'Objet avec un grand "O", comme "Oh la la, ça fait tellement longtemps que je le voulais celui-là."
Ce disque de Line Renaud appartient à cette catégorie. Pourtant, la pochette est simple, c'est une sorte de carte postale basique représentant un paysage de rêve avec plage, soleil et cocotiers incorporés. Point de Line ici, sauf son patronyme. Cette pochette assez modeste, peu inventive cache néanmoins deux incroyables chansons.

Commençons par la face B, c'est celle qui m'a donné l'envie monstrueuse d'acquérir ce 45 tours. Pour les nostalgiques de "On va se gêner" sur Europe 1, vous allez forcément me comprendre.
Voilà quelques années, Laurent Ruquier et ses comparses ont commencé à faire une fixette sur cette chanson qui n'avait l'air de rien comme ça mais qui cachait en définitive un message particulièrement sexuel. Je m'explique, les paroles de ce titre reposent sur une métaphore filée ayant pour objet ce fruit riche en glucides, en potassium, en magnésium et en vitamine B. Seulement, comme c'est une métaphore, il ne faut pas prendre la banane pour ce qu'elle est réellement... mais plutôt comme... enfin, vous voyez...
Charles Level, auteur de ce texte et de tant d'autres (beaucoup de chansons d'album comme celle-ci), prend un malin plaisir à faire évoluer Line Renaud dans un paysage aphrodisiaque où des créatures richement dotées par mère nature lui proposent un festin de Musa paradisiaca... et comme c'est le nom scientifique de la banane planteur, ça me permet d'éviter de vous faire un dessin. Oui? Non? Non, tout de même...
Même si le duo Christophe Beaugrand / Claude Sarraute reste ancré dans toutes les mémoires des OVSG addicts, l'original parvient à nous charmer par sa fraîcheur, son entrain et sa perversité naïve; d'autant plus que de l'aveu-même de Line Renaud (on la croiera ou pas), elle ne voyait pas de double-sens dans ce titre. Elle nous la jouerait pas un peu France Gall pour le coup?

La face A nous la joue disco également. Cette adaptation de Copacabana de Barry Manilow est particulièrement réussie. Sur un rythme tout aussi enjoué que celui de la face B, Line Renaud nous raconte pourtant une histoire pas particulièrement heureuse: Lola dansait pour Tony, mais celui-ci qui fut tué dans une rixe. Depuis, elle picole, ne danse plus et s'accroche à son passé. Dur, la vie d'une show girl ! Rare, une chanson de cette époque sur un rythme pareil racontant une histoire avec un peu de fond !

Le disque tout entier est une réussite. Line Renaud - grande voix de la chanson française - nous prouve une fois de plus qu'elle peut toucher à tout. Si la face A est passé sans trop de difficultés à la postérité, la face B aura mis plus de 30 ans à le faire, au détour d'un happening jouissif dans une très bonne émission de radio. Pour la petite histoire, cet épisode d'anthologie aura fait grimper un best of de Line Renaud comprenant ces deux chansons au sommet du classement des téléchargements légaux.

Fiche technique:

Line Renaud

Copacabana / Bananas Island

CBS

1978

Paroles et musique:
Face A: B. Sussman - J. Feldman / B. Manilow - Babysee
Face B: Babysee - S. Cleaners - C. Level

Et la chanson: Prestation télé très statique de Line Renaud. Elle chante devant mon rideau de douche (si, si, je vous assure, j'ai le même) et nous fait une petite chorégraphie sur le refrain. D'ailleurs, sur "Passion et musique, ce sont les mots magiques", elle semble fesser une personne imaginaire, comme dans les clips de rap les plus chauds. Line Renaud est dans la place.