Sheila et Ringo

Certains auraient tendance à dire "Il était temps !" et force est de constater que c'est vrai. Le blog des 45 tours n'avait pas publié depuis trois mois. C'est long ! Entre temps, un peu de rééducation du genou, le bac pour mes élèves et un déménagement haut en couleurs (nous sommes bien arrivés, merci...) et nous revoilà. Comment exprimer ma joie de vous retrouver pour de nouveaux articles consacrés à ma grosse collection de 45 tours? En vous proposant Sheila et Ringo pardi !

Depuis que le disque naquit, les duos sont légions. Qu'ils soient mixtes ou unisexes, ils nous parlent assez fréquemment d'amour. Le coup marketing est rarement loin. Un exemple au hasard? A quoi ça sert, l'amour d'Edith Piaf et Théo Sarapo est une belle chanson, certes, mais c'est aussi la version disque d'Ici Paris, Piaf exhibant sa nouvelle conquête avec option "psychanalyse publique".
Les décennies suivantes regorgent de duos masculins / féminins plus ou moins ensemble qui nous comptent à quel point l'amour, c'est chouette, c'est cool, c'est dingue, c'est bath. Citons pelle-mèle quelques institutionnels comme Johnny Hallyday / Sylvie Vartan, Peter et Sloane,  ou Stone et Charden; des improvisés (enfin on l'espère) comme Michel Sardou et Sylvie Vartan (encore elle), François Valéry et Sophie Marceau ou Herbert Léonard et Julie Pietri.
Citons enfin des exclusivement masculins comme les innénarables David et Jonathan ou Barbelivien et Gray. On ne compte plus les assemblages bimoteurs dans la chanson française et internationale. Seulement, Sheila et Ringo est un cas à part. Ce sont eux qui ont osé franchir une étape supplémentaire dans le coup marketing.

Je vous parle d'un temps que je n'ai même pas connu, mais les livres, c'est pas fait pour les chiens donc je m'en vais vous en parler. "Sheila et Ringo" est un produit Carrère. Comme il faut rentabiliser, Carrère décide qu'il faut les marier à grands renforts de publicité. Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, ils s'aimaient certainement mais ici, il faut séparer le fond (l'amour) de la forme (ce qu'il y a autour... Et non, je vous ai entendu au fond là-bas, c'est pas du poil). Les deux tourteraux maintenant épousaillés, il faut continuer à faire fonctionner la machine à billets... Et pourquoi pas une chanson? Oh oui, quelle bonne idée !

Ainsi apparaît sous nos yeux grands ouverts cette jolie pochette dont la symetrie ne vous aura certainement pas échappé. Entre ces deux bandeaux jaune vif, Sheila et Ringo posent paquerettes aux lèvres, cheveux mêlés et regards fondants. C'est beau. Ils sont heureux. Nos oreilles également.
En effet, on ne peut pas avancer que la chanson soit ratée, bien au contraire ! Ambiance très italienne (on jurerait la musique qu'on entend dans La belle et le clochard au moment où le restaurateur pète une durite et refile aux deux clebards des spaghettis bolo format familial - ou amoureux boulimiques - qu'on trouve à 35 euros à la carte), voix rauque du protagoniste mâle, voix bien connue pour la protagoniste femelle, paroles un peu cul cul mais c'est du romantisme m'sieurs dames alors on ne va pas non plus être trop regardants. Cependant, arriver à placer des oeufs au jambon dans une chanson d'amour, il fallait tout de même le faire et Claude Carrère qui signe l'exploit.

Je parlai tout à l'heure de coup marketing. Si nous avions encore des doutes, il suffit seulement de retourner le disque pour en être persuadés. L'amateur fébrile s'attend à un deuxième duo du couple modèle. Las ! on se tape un instrumental. Cette technique aura de beaux jours devant elle puisque c'est l'une des principales options qu'adoptera l'industrie du disque jusqu'à aujourd'hui... Pourquoi s'embêter à produire un autre titre quand le remplissage ne dérange (presque) personne?

Ce sera, à ma connaissance, le seul duo de Sheila et Ringo. La première continue une carrière bien remplie, le second s'est judicieusement servi de ce 45 tours pour continuer jusqu'au début des années 80 une carrière assez honorable mais dont les succès ne retentissent plus vraiment aujourd'hui à nos oreilles.

 

Fiche technique:

Sheila et Ringo

Les gondoles à Venise / Instrumental

Carrere

1973

Paroles et musique:
L & P Sebastian / Michaele / C. Carrère

Et la chanson: Un pas de bourrée pour la chorégraphie, des couleurs traumatisantes en guise de costume et une volonté farouche de tourner le dos au public pendant les refrains, c'est ça Sheila et Ringo.