Jane Birkin

Ce grand classique de Serge Gainsbourg constitue la face A de ce 45 tours sorti chez Fontana en 1976. Jane Birkin en fait une version sensible comme toujours. La diction très british y fait pour beaucoup. D'ailleurs, une question essentielle me vient. Au bout de presque 50 ans de présence dans notre beau pays, je ne comprends pas du tout comment on peut garder un accent aussi prononcé. Jane chercherait-elle à garder sa marque de fabrique? S'entraîne t-elle tous les matins? Fait-elle des gammes d'accent britannique? Nul ne le sait... Il n'empêche que cela réhausse ce texte pas très joyeux certes mais particulièrement joli. L'histoire de ce personnage androgyne et désabusé qui marche le long d'une voie ferrée est finement analysé par un Gainsbourg qui savait décidément bien raconter ce type de personnages. De plus, Birkin en profite pour citer l'auteur dès l'intro, ce qui met un peu plus en perspective cette belle chanson.

De même qu'avec son accent british,  Jane Birkin doit remplir le cahier des charges du côté de la moue sensuelle. Comme ce n'est pas simple de le faire sur un disque, elle le fait sur la pochette. Et quelle moue ! Cheveux magistralement décoiffés, pose pas tout à fait naturelle, Jane nous fixe et semble dire "Achète my disc."  (Toujours cet accent...)

La face B fut, je crois, a été écrite pour un "Top à...", vous savez? Ces émissions extraordinaires où l'on pouvait voir Carlos déguisé en bébé, Jeane Manson en boulangère, Sheila en Mère Denis ou Demis Roussos en travelot.
Raccrochez c'est une horreur propose sur une musique presque funky mais surtout un peu trop en boucle pour moi, un thème assez rare dans la chanson: le pervers téléphonique. Dans ce rôle tout à fait sur mesure, Serge Gainsbourg débite un max de cochonneries en un peu plus de trois minutes sans jamais tomber dans le graeleux. Jane Birkin, quant à elle, nous la joue ingenüe mi-révoltée, mi-amusée. C'est presque mieux qu'une face B car, même si la chanson fait figure d'anecdote, elle a tout de même le potentiel d'une bonne composition puisqu'elle reste dans la mémoire et qu'elle est fort agréable.

Comme d'autres 45 tours, les registres sont très différents de la face A à la face B. Du tragique de Johnny Jane, on passe à la farce téléphonico-cochonne, c'était aussi ça le Gainsbourg's genius (avec l'accent).

 

Fiche technique:

Jane Birkin

Ballade de Johnny-Jane / Raccrochez c'est une horreur

Fontana

1976

Paroles et musique:
Serge Gainsbourg

 

Et la chanson: Dans une émission des années 70, la Ballade de Johnny-Jane est noyée dans d'autres titres (on reconnaît à la fin de l'extrait les dernières notes de Marylou Reggae). La mise en scène du clip est simple et très belle - surtout la partie avec le ventilateur - et malgré un petit retard à l'allumage sur le play-back de Jane Birkin, on ne peut que saluer cette prestation touchante, d'autant plus que dans le décor, se trouve Gainsbourg. Immobile certes, mais très présent.