Lejeune and Green

Les idées de chronique viennent quelquefois tout simplement. Ce matin, je prenais tranquillement mon déjeuner, un œil sur la télé, l'autre sur mes céréales, caressant machinalement mon chat qui ronronnait comme un dingue. J'avais mis I-télé, robinet à infos permettant de se tenir au courant de ce qui se passe dans le monde en dix minutes, si on vise bien entre les pubs. Et là, je vois arriver Christophe Barbier.

Vous savez, Christophe Barbier ? Ce monsieur avec une écharpe rouge qui chronique la politique à la radio, à la télé, dans les journaux, enfin partout ?

Bref, Christophe Barbier anime sur I-télé le Zap politique. Cette émission consiste à reprendre les principales déclarations politiques du matin en compilant des interventions. Sauf qu'il faut bien y mettre du lien et qu'il faut un peu d'originalité. Vous avez donc notre Jean Moulin contrefait, planté à gauche de l'écran avec, derrière lui, un gros logo « I-télé » qui fait les liens entre les images en faisant comme si c'était lui qui dialoguait avec les différents politiques.

Par exemple, il balance une banalité sur la situation à l'UMP et ensuite il invective : « Et vous, Geoffroy Didier ? Combien donnerez vous la contribution réclamée par l'UMP ? » Et là, vous avez le membre du parti qui répond... mais sur France Inter. Vous l'avez compris, c'est du journalisme « best-of », une façon un peu facile de faire le point sur l'info.

Si je vous parle de ça, c'est que Barbier a piqué l'idée à Olivier Lejeune et Patrick Green. Dans Pot pour rire Mr le président 81, les deux comiques se livrent au même exercice amusant que Christophe Barbier, sauf qu'ils remplacent les interventions des politiques par des chansons. C'est volontairement drôle ici, et ce numéro de cabaret réussi fait dire par exemple à Fiterman qu'il a toujours rêvé d'être une hotesse de l'air et au ministre du temps libre (si, ça a existé) qu'il bande. On peut ajouter à ces emprunts de Dutronc et Brassens, des extraits de chansons de Michel Sardou, Joe Dassin, Alain Souchon (qui revient trois fois), Renaud et même Chantal Goya, Ottawan ou Plastic Bertrand.

C'est drôle, souvent bien trouvé et ça a le mérite d'atteindre la cible prévue, à savoir faire rire des turpitudes politiques. Ce disque prouve également que l'humour en politique utilise toujours peu ou prou les mêmes recettes, à savoir la dérision et l'analyse acide des événements majeurs comme ici la présidentielle 1981. De la bande à Ruquier à Guy Bedos en passant par Christophe Barbier, tourner l'actualité en dérision est toujours une réussite quand c'est fait par des amuseurs de qualité.

Un petit mot tout de même de la très bonne face B. Le double journal repose sur l'idée de zapping. Lejeune anime un journal sur une chaîne, Green en anime un autre sur la chaîne concurrente. Quelqu'un zappe allègrement et fait évoluer le script d'une manière totalement idiote : Le satyre du bois de Boulogne a abusé de 15 ministres, la nuit de noces de Danièle Gilbert s'est déroulée au parc des princes ou Elkabbach (déjà ) dont on découvre qu'il a le profil du Concorde, tout y passe. Ma préférée reste celle sur les travailleurs immigrés entassés dans la chambre de Jacques Chazot . Badin, inoffensif à bien y regarder et tellement drôle, ce double journal résiste bien au temps qui passe, même si quelques références ne sont pas forcément évidentes aujourd'hui. Depuis, Olivier Lejeune fait du boulevard et Patrick Green a fait de l'arnaque financière. Le comique, ça mène à tout. Hein, Christophe ?

 

Fiche technique:

Olivier Lejeune et Patrick Green

Pot pour rire Mr le président 81 / Le double journal

Lederman

1981

Paroles et... paroles:
Face A: P. Lederman / C. Carmone
Face B: O. Lejeune

Et le sketch: L'exercice à la télé n'est pas évident. Cette prestation se déroule chez Guy Lux. Les deux comiques font les relances et ce sont les extraits qui sont drôles. Ca donne une prestation télé un peu statique. De plus, les extraits semblent être montés en playback, c'est à dire que les espaces entre les chansons sont les mêmes que sur le disque et c'est à Lejeune et Green de se débrouiller pour être dans le rythme.