Richard Anthony

Nous avons déjà croisé bon nombre d'adaptations ici, elles ne sont pas forcément de vraies réussites; la faute à des textes ineptes ou faits à la va-vite. Dans le cas qui nous intéresse, c'est l'extraordinaire Cat Stevens qui passe par la traduction. L'inoubliable interprète de Wild World fut adapté par Georges Guétary (Matthew and son devenu Papa je t'aime), par Alain Bashung qui a poussé le vice à entretenir la ressemblance avec l'original pour Du feu dans les veines en 1971 et par Claude François pour l'effrayant Fleur sauvage en 1971. Dalida va même interpreter une Lady d'Arbanville écrite par... Richard Anthony. Ce qui tend à prouver que notre sympathique chanteur pas encore barbu à cette époque avait été inspiré par ce titre.

Pour l'adaptation qu'il interprète lui-même, Richard Anthony s'en sort très honorablement, l'orchestration est plutôt fidèle sans pour autant devenir un copier/coller superficiel. Les paroles, au passé simple puisqu'on raconte une histoire, sont plutôt jolie: une princesse est déçue de sa vie au chateau, après avoir connu des débuts glorieux et un narrateur non-identifié dans ses fonctions (mais c'est Richard Anthony) la kiffe sa race. Cela rappelle La folie des grandeurs en moins drôle, donc Ruy Blas en moins académique. Les choeurs de l'original sont moins bien que dans cette version française, écrite par un Richard Anthony en perte de vitesse à cette période, mais pourtant encore brillant. Assez tragique, le titre est porté par une interprétation convaincante.

La face B est une adaptation d'un titre de Jimmy Cliff qui m'est totalement inconnu. Une dizaine d'années avant ses démêlés avec le FISC, Richard Anthony fournit un plaidoyer amusant sur son côté dépensier. Il explique qu'il achète plein de jolies choses, donne de l'argent à ses proches et voit ensuite débarquer les huissiers. Il y aborde même les impôts dans le troisième couplet et se montre bien philosophe en disant que la gestion, ce n'est vraiment pas son truc, l'avenir lui aura prouvé sa clairvoyance. Malgré le côté anecdotique du titre, ce n'est pas forcément une chanson inoubliable.

 

Fiche technique:

Richard Anthony

Senora la duena / Les pieds sur terre

Tacoun

1970

Paroles et musique:
Face A: R. Anthony / C. Stevens
Face B: R. Anthony / J. Cliff

Et la chanson: Montage photo avec chanson repiquée sur un vinyl, c'est toujours ça.